Piloter ou ne pas piloter ?
On parle beaucoup de pilotage de la performance. Moi la première. Des bons indicateurs, de leur fiabilité, de la fréquence à laquelle il faut les regarder.
Mais est-ce que tout mérite vraiment d'être piloté ?
Vous suivez probablement votre budget, votre activité, vos délais, quelques indicateurs de qualité ou de productivité. Certains parce qu'ils sont indispensables. D'autres parce qu'ils sont là depuis longtemps.
Et puis il y a ceux auxquels vous consacrez du temps parce qu'ils ne sont pas bons.
C'est assez naturel. Quand quelque chose passe au rouge, on cherche à comprendre, on demande un plan d'action et on suit le sujet de plus près.
Mais imaginons que vous réussissiez à gagner 5 % sur cet indicateur. Qu'est-ce que cela change vraiment ?
Pour votre service, peut-être beaucoup. Pour votre propre objectif aussi. Mais pour la performance de l'entreprise ? Pour sa capacité à se développer ?
La question mérite d'être posée avant de mobiliser du temps et de l'énergie pour gagner ces fameux 5 %.
Parce qu'un mauvais résultat attire l'œil. Il agace, il inquiète parfois et appelle une réaction. Mais le faire repasser au vert ne signifie pas forcément que nous aurons amélioré ce qui compte le plus.
C'est là que la Conscience, au sens CLeRE, prend tout son sens. Prendre du recul sur le chiffre et se demander pourquoi il compte, ce qu'il raconte et surtout ce que son amélioration changera réellement.
Et puis il y a ce qui va bien.
Prenons un commercial qui réalise 120 % de son objectif. Son manager est rassuré. Il va probablement consacrer davantage de temps à celui qui plafonne à 80 %. Logique.
Mais pourquoi celui-ci fait-il 120 % ?
Il a peut-être trouvé une façon de prospecter qui fonctionne mieux. Il développe mieux ses clients existants. Il obtient davantage de recommandations. Il a changé quelque chose dans sa manière de relancer ses affaires. Ou il est simplement très bon sur son marché.
Si personne ne cherche à comprendre, l'entreprise bénéficie de ses 120 %, mais elle passe peut-être à côté de ce qui permettrait à d'autres de progresser.
Ce qui fonctionne mérite aussi d'être piloté. Pas forcément pour le corriger, mais parfois pour l'amplifier.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'il faut se jeter sur tous les indicateurs au vert pour leur trouver une explication. Ce serait juste une nouvelle façon de passer trop de temps à piloter.
L'Exactitude, dans CLeRE, nous oblige plutôt à regarder le résultat pour ce qu'il est. Un chiffre nous dit ce qui se passe. Pour décider de l'attention qu'on va lui accorder, il faut encore comprendre pourquoi il compte et ce que nous pouvons en faire.
Finalement, rouge ou vert n'est peut-être pas le bon critère.
La vraie question serait plutôt : où mon temps de manager peut-il avoir le plus d'impact ?
Certains sujets doivent rester sous contrôle parce qu'ils touchent au budget, à la qualité ou au risque. Tant qu'ils restent dans la zone attendue, les surveiller peut suffire.
D'autres méritent que l'on s'y attarde, qu'ils soient rouges ou verts, parce qu'une action dessus peut réellement changer la performance.
C'est aussi une forme de Liberté managériale : ne pas piloter par habitude. Choisir où l'on met son attention, quitte à passer moins de temps sur un indicateur qui figure pourtant depuis des années dans le reporting.
Alors faites un test lors de votre prochaine réunion de pilotage.
Prenez les cinq ou six sujets auxquels vous consacrez le plus de temps et demandez-vous :
Pourquoi est-ce que je pilote ce sujet ?
Si son résultat s'améliore, qu'est-ce que cela change réellement pour la performance ou la croissance de l'entreprise ?
Et si je me contentais de le surveiller pendant trois mois, quel risque est-ce que je prendrais ?
Puis regardez ce qui va bien.
Qu'est-ce qui contribue fortement à notre performance aujourd'hui et que nous pourrions encore développer si nous comprenions mieux pourquoi cela fonctionne ?
Il reste une dernière question. Certains résultats qui comptent pour l'entreprise ne dépendent pas d'un seul service. Dans ce cas, les managers concernés ont tout intérêt à les regarder ensemble plutôt que chacun depuis son propre périmètre.
C'est aussi là que la Réciprocité prend sa place. Ce qui se passe dans un autre service peut avoir un impact direct sur mes résultats, et réciproquement. Cela vaut le coup de décider ensemble de ce qui doit être suivi et de ce qu'on en fait.
Alors avant de revoir vos indicateurs ou d'ajouter un nouveau suivi, posez-vous simplement cette question :
Qu'est-ce qui mérite vraiment mon attention aujourd'hui ?
C'est CLeRE